Nouveau

Ballades à Paris (2)

Moins connue que sa voisine, la justement célèbre grande salle, une très jolie sacristie du XIV ème siècle se cache dans le collège des Bernardins, superbement aérienne et dépouillée …

A l’intérieur de l’église Notre-Dame-des-Victoires subsiste un important décor baroque, malgré de nombreuses destructions, et en particulier le grand autel-retable de la Vierge et sa Vierge du XVII ème siècle. Plusieurs chapelles, les stalles du choeur, le magnifique buffet d’orgue, et cette jolie chaire dont voici l’abat-voix, supporté par des palmiers et décoré de la colombe du Saint-Esprit.

Même sans connaître le fin mot de l’histoire, on ne peut trouver totalement anodine la façade délabrée de cet immeuble de la rue des orfèvres. Et pour cause, c’est la façade de la chapelle St Eloi construite par Philibert Delorme en 1550 pour la très puissante confrérie des orfèvres, aujourd’hui pratiquement méconnaissable. Les grandes niches percées actuellement de fenêtres abritaient des statues de Germain Pilon. Deux immenses noms de l’art français de la Renaissance, qui ne valent même pas une plaque commémorative …

Commencée sous François 1er et achevée sous Henri IV, l’église Saint-Etienne-du-Mont appartient cependant à l’art gothique. L’architecture française se cherche toujours, pressée d’adopter les modèles italiens, mais ne pouvant renoncer totalement à son génie national gothique.

Ballades à Paris (1)

Le pignon sur rue est la signature de la maison médiévale parisienne. Cette jolie petite maison  cachée derrière Saint-Gervais ne remonte probablement pas plus loin que le XV ème siècle et passe un peu inaperçue en raison de la disparition de ses colombages, perdus sous une épaisse couche de crépi …

Ce cliché ressemble aux collages photo que la maîtresse nous demandait de réaliser à l’école, et pourtant il ne s’agit pas d’un montage. C’est bien l’église Saint-Eustache et, au premier plan, le petit hôtel particulier XVII ème qui la borde au nord.

Une autre vue de la même scène. On peut admirer l’architecture composite de l’église, qui est une manière de néo-gothique avant l’heure. En effet les niveaux supérieurs de Saint-Eustache datent non seulement de la Renaissance mais du début du XVII ème siècle. C’est l’une des constructions les plus bizarres de France.

L’une de mes plus belles « découvertes » de promeneur parisien. Peut-être le plus bel immeuble Louis XV de Paris, au coin de la rue Poisonnière et de la rue de Cléry, qui sera l’objet d’un petit « article » à venir. L’angle du croisement est bien inférieur à 90°, ce qui produit cet effet curieux.

52 rue Dauphine

Le 52 rue Dauphine est un bien joli exemple d’immeuble d’époque Louis XVI. Oubliés, les mascarons au dessus des fenêtres et les rocailles, les balcons chantournés en fer forgé. Tout est « à la grecque ». Les fenêtres ne sont plus cintrées mais rectangulaires et plutôt étroites. On note d’ailleurs l’apparition des grands carreaux que la technique permet désormais de produire en nombre.

L’immeuble gagne en hauteur, et préfigure déjà ce qu’il est convenu d’appeler « l’immeuble haussmannien », qui ajoutera à ce modèle un grand balcon au dernier étage. Ici, le dernier étage est traité en attique, sous une imposante corniche à l’antique qui se découpe sur le ciel. L’entresol subsiste sous une « fausse galerie » traitée en bossage, selon une tradition parisienne remontant au Louvre du XVI ème siècle.

Les consoles sont réduites à des ornements à l’antique, ou des feuilles d’acanthes. Les balcons arborent des motifs un peu répétitifs. On ne voit plus les figures en ronde bosse qui égayaient les façades de la période précédente : le Louis XVI est le règne du bas relief à l’antique et de la frise. Ici , une victoire ailée surmonte la fenêtre du bel étage. Aux niveaux supérieurs, une frise d’enroulements agrafés que l’on retrouve souvent sur les meubles de cette époque, et un fronton arrondi très élégant.

C’est, je trouve, le coin arrondi de l’immeuble qui fait son charme. Sans cela, l’édifice serait un peu froid, comme le sont de nombreux immeubles Louis XVI. Vu sous cet angle, notre 52 rue Dauphine est un peu notre modeste petit « flatiron building » à nous 🙂

Entre rocaille et Louis XV fleuri, le 52 rue St-André-des-Arts

Le 52 de la rue St-André-des-Arts est un magnifique immeuble que je daterais des années 1740-1750, en raison de son ornementation mélangeant le rocaille et Louis XV fleuri plus tardif. Cette jolie chose ne comporte pas d’avant-corps à proprement parler, mais c’est le coin de l’immeuble qui joue ce rôle, mis en avant par son encadrement de bossages . On remarquera que l’ornement accompagne le niveau social de l’étage : si le bel étage est soutenu par deux magnifiques balcons, le second étage ne conserve qu’une clef ornée au dessus de la fenêtre, et le troisième étage n’a plus que deux barres de fer forgé en guise de gardes-corps.

Superbe ornement rocaille, le plus typique possible. Exubérant et dissymétrique, il est composé de deux coquillages dans une ceinture de rinceaux, encadrée par deux ailes de chauve-souris. Pour je ne sais quelle raison, ce sympathique mammifère nocturne mal-aimé connut son heure de gloire à l’époque du rocaille. On le verra pointer de nouveau son museau moustachu dans l’Art Nouveau, qui, bien qu’il s’en défende, est le Louis XV du XIX ème siècle. Mais les pigeons qui pigeonnent sur la corniche se doutent-ils qu’à tout instant une aile froide et sombre peut les saisir pour les engloutir ? Ah ah !

L’équilibre et la richesse de ce bâtiment est évidente sur cette photo. On voit quelle importance est donnée au bel étage par la conception de l’entresol, à la fois presque aussi haut qu’un étage, et simultanément rendu presque invisible. Ainsi les gardes-corps des fenêtres sont réduits au strict nécessaire.

Un autre beau cartouche rocaille, qui n’est pas le pendant du premier. En comparaison, le balcon qui le surplombe est bien sage. Il est simplement Louis XV.

Le coin arrondi de l’immeuble est une innovation qui sera fréquente à l’époque Louis XVI. Il ne s’agit pas seulement d’animer la façade, mais aussi de faciliter la circulation dans les rues encombrées. Le balcon est porté par deux belles consoles qui appartiennent déjà au Louis XV fleuri des années 40-50. Remisées, les chauves-souris, les coquillages, la dissymétrie. C’est le règne des guirlandes de fleurs, qui composeront bientôt l’essentiel des ornements, par exemple sur les fauteuils et les chaises de la maturité du style Louis XV.

Qu’il est beau ce portail ! Remarquable de simplicité cossue, il serait presque d’esprit Louis XVI. Il est surmonté d’Hercule.

Une des fantaisies en bois sculpté du portail, assez compliquée à lire. Une sorte de glaive croise une corne d’abondance marine, qui déverse des richesses aquatiques, une branche de corail, une mâchoire de poisson (?), des perles et des pièces, peut être des coquillages. Le tout sous un joli noeud et retenu par une guirlande de nos fleurettes Louis XV.

47 rue Saint-André-des-Arts

Contrairement à son beau voisin, le numéro 47 n’est pas un immeuble mais est un hôtel particulier entre cour et jardin, dans la tradition parisienne remontant au XVI ème siècle, et dont nous rencontrons évidemment d’abord le porche devenu un bâtiment à part entière. Emblématique du style Régence, à la fois riche et fonctionnel, c’est l’un des plus beaux que l’on puisse voir à Paris.

Si le bâtiment lui-même est d’un dépouillement presque froid, avec ses fenêtres privées d’encadrement moulurés, et dont l’agrafe n’est même pas sculptée, l’avant-corps est un bijou dans le meilleur goût Régence (ou début Louis XV). Le fronton du bel étage, en particulier, lui confère une superbe élégance. Il est cintré et interrompu en bas, abritant un grand cartel dans un alentour d’ailes. Celui-ci n’est pas posé directement sur la fenêtre, mais surélevé par une gaine qui le renforce et le souligne.

On remarquera toutefois qu’un grand balcon aurait pu s’imposer ici, comme on peut le voir dans de nombreux hôtels de cette époque. Cette rareté ajoute peut être en fausse modestie – une vertu typiquement féminine, ce qu’elle retranche en majesté – vertu plus masculine, aux charmes de cette façade, alors plus ambigüe.

Perché au sommet de l’arc, c’est le sieur Bacchus qui nous accueille, reconnaissable à ses branches de vigne.  On en remarque la symétrie de l’alentour : nous n’en sommes pas encore à la rocaille.

Que l’ on voudrait bien rester sous cette fenêtre ! Guettant le moment où, prétextant d’un manque d’air, la jeune fille de la maison entrouvrira les huisseries, et laissera tomber à notre attention quelques lignes audacieusement posées sur un papier parfumé … Mais ne rêvons pas. Les jeux galants, les arts et les mondanités ont quitté ce lieu désormais dévolu au commerce.

La cour, comme il se doit, est plus dépouillée que la façade sur rue. On ne compte que 3 ornements sculptés, mais une complication : cette avancée arrondie qui n’est pas très fréquente. Au dessus de nos têtes, cette jolie espagnolette qui rappelle les pimpantes compagnes de bronze que les créateurs installaient aux coins de certains meubles.

49 rue Saint-André-des-Arts

Un magnifique immeuble 1730/1740, encore de style Régence, qui a conservé semble-t-il la plus grande partie de son décor sculpté, fait de mascarons, d’agrafes en volutes, de guirlandes et de consoles inversées. J’aime beaucoup la fenêtre centrale, en très léger ressaut, dont la corniche forme une archivolte en anse de panier d’une rare élégance. Les volutes écrasées des consoles de la fenêtre du 2 ème étage appartiennent  à la grammaire Régence. Je ne crois pas qu’on les retrouve par la suite.

Une légère chaine de bossage délimite l’avant corps qui s’avance de quelques centimètres seulement, mais suffit à animer la façade dans la tradition française. Le dernier  étage en attique semble d’époque, il se rattache alors à la tradition du XVII ème.